Mon intervention sur la crise actuelle à la réunion PCF Aubagne/La Ciotat

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Le mercredi 30 juin, j'ai participé à une réunion sur la crise socio-économique actuelle organisé par les sections du PCF de La Ciotat et d'Aubagne et suivie par un échange de vues très intéressant.

Ci-dessous mon intervention lors de la réunion.


Une des crises les plus graves que l'économie mondiale ait connue. La première vraie grande crise mondiale.

 

Petit retour en arrière

 

Cela fait plus de 30 ans que l'on nous "bassine" avec les crises :

- crise du pétrole

- crise de l'industrie...

Et comme conséquence :

- l'explosion du chômage

- le démantèlement de l'Etat social

- la casse des services publics

 

C'est particulièrement vrai en France depuis 2002 et surtout 2007 avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy

 

Mais il faut cependant rappeler qu'au cours de cette période la richesse mondiale n'a pas cessé de progresser et que les écarts entre les riches et les plus pauvres n'ont cessé de croître et ce, tant entre les Etats qu'à l'intérieur des Etats.

- Entre les Etats, le décollage économique de quelques Etats ne doit pas nous faire oublier la situation de la quasi totalité de pays d'Afrique subsaharienne, ni celle des pays d'Asie centrale.

- A l'intérieur des Etats, la situation française est là aussi assez significative.

Les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont littéralement explosé.

Environ sept millions de personnes vivent en deçà du seuil de pauvreté, c'est à dire de 60% du revenu médian, soit plus ou moins 800 euros par mois.

 90% des salaires sont inférieurs à 4000 euros bruts, et n'ont été augmenté que de 6%, soit 100 à 200 euros.

Alors que 0,1% des plus riches a vu progressé ses revenus de 28% soit 5400 euros (un millième de la population touche des revenus qui sont à minima de 84 000 euros mensuels, soit 50 fois le SMIC pour les moins bien rémunérés)

Nous sommes un des pays où les écarts sont les plus spectaculaires. A comparer avec l'échelle des salaires qui va dans les pays du Nord de 1 à 7.

Nous avons les grands patrons les mieux payés d'Europe, avec des rémunérations atteignant des montants vertigineux qui se calculent en centaines d'années de SMIC (sportifs et notamment des footballers)

 

 

Un commentaire lu dans la presse que je trouve assez juste:

" Nos grands patrons mesurent leurs rémunérations à la lumière de celles de leurs homologues américains (les Etats Unis étant un des pays les plus inégalitaires au monde) et ils apprécient celles de leurs salariés à l'aune du coût du travail chinois".

On voit mieux ainsi qui protège le bouclier fiscal auquel Nicolas Sarkozy tient tant. Il est important de se rappeler ces quelques éléments quand on parle de la crise actuelle.

 

 

Que s'est-il passé en 2008?

 

C'est sans doute le point d'aboutissement logique de plus de 20 ans de libéralisme économique sans frein.

Rappelons-nous Mme Thatcher et M. Reagan à qui tous les Etats occidentaux, quelles que soient leur couleur politique, et pas eux seuls d'ailleurs, ont emboité le pas.

La chute du mur de Berlin a en quelque sorte accéléré le processus puisqu'elle a donné l'impression qu'il n'y avait plus d'alternatives.

Et l'un des grands échecs de la social-démocratie européenne est quand même de s'être engouffrée dans le social-libéralisme au lieu de proposer des solutions alternatives et d'avoir cassé tout autant, que les conservateurs, le modèle européen (comme le montre encore aujourd'hui l'alignement des gouvernements grecs et espagnols sur les autres gouvernements européens).

 

Au cours de ces années, le capitalisme financier s'est de plus en plus déconnecté de l'économie réelle, s'engouffrant dans des spéculations éhontées, appuyé sur des produits de plus en plus pourris allant jusqu'à "jouer" avec la dette des plus pauvres.

Et un certain nombre de banques ont "bu le bouillon".

Et que s'est-il alors passé? Sans la moindre hésitation, les gouvernements européens comme américains sont venus à leurs secours trouvent des milliards d'euros du jour au lendemain et, le leur donnant sans la moindre garantie, n'hésitant pas au passage à s'endetter sans se préoccuper alors du pacte de stabilité.

 

Pendant quelques mois, on a entendu de beaux discours. Le G20 d'avril 2009 à Londres a même parlé de lutte contre les paradis fiscaux (rappelez vous les fameuses listes blanches, grises et noires) et le FMI devait réfléchir à des mesures de taxation sur les transactions financières et d'encadrement des fonds spéculatifs.

Bien évidemment, il n'en a rien été.

Et que s'est-il alors passé? Les banques se sont mises à jouer avec les dettes publiques des pays les plus fragiles (les PIGS - Portugal, Italie, Grèce et Espagne, ainsi que l'Irlande si on rajoute un deuxième I)

Une petite rétrogradation de notation par des agences de notation et c'est la Grèce qui a été prise pour cible.

Et qu'à fait alors l'UE?

Elle a tergiversé, laissant la spéculation prendre plus d'ampleur.

Il faut dire que le gouvernement allemand a particulièrement traîné des pieds (avec des élections en Westphalie et la majorité au Bundesrat en jeu).

Il a fallu que Barack Obama lui-même appelle la chancelière pour que les choses se débloquent. Et dans quelles conditions !

On a lâché un plan de financement à la Grèce mais on a refusé de prendre en compte les premières mesures qu'elle proposait de en matière de lutte contre la fraude fiscale.

La BCE s'est portée garante ; les autres Etats ont pu prêter de l'argent à des taux assez discutables, le tout en contradiction avec les Traités européens qui ne servent de carcan que lorsque cela arrange. La preuve en est une nouvelle fois faite.

Les plans d'austérité se multiplient en Grèce bien sûr, mais aussi au Portugal, en Espagne, en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Il semble pourtant que cela ne suffit pas à rassurer les marchés... Y compris parce qu'ils commencent à dire que les mesures prises peuvent être dangereuses à terme : en freinant la croissance on risque d'entraîner toute l'Europe vers la déflation.

C'est d'ailleurs, en partie, le bras de fer qui s'est jouée ce week-end à Toronto où l'on a entendu Barack Obama demandé :

- un soutien à la croissance

- des politiques qui ne soient pas trop restrictives pour les finances publiques.

 

Quand on écoute les débats au Parlement européen, on est frappé par le vide politique. Tous ces leaders politiques, qu'ils soient libéraux, conservateurs ou social-démocrates ne font que ressasser les mêmes recettes depuis 20 ans et ils s'enferment dedans.

La seule nouveauté qu'ils aient trouvé, c'est le gouvernement économique. On aurait envie de rire si ces conséquences n'étaient pas aussi dramatiques pour les peuples d'Europe. Car s'il y a une chose qui a toujours été prise en charge au niveau européen, c'est bien l'économie.

Pas un seul d'entre eux ne met en cause les lois du marché et le principe de la concurrence libre et non faussée qui est au cœur du Traité de Lisbonne, ce traité qu'ils ont fait adopter partout en Europe en refusant de le soumettre au vote populaire (exception faite de l'Irlande où c'était une obligation constitutionnelle mais ils en ont payé le prix).

Mieux, ils viennent de décider de soumettre les budgets nationaux à l'approbation de la Commission. On croit rêver.

Et cela commence à ressembler à un théâtre de marionnettes.

Plus que jamais, les faits montrent que ce que nous avons dit au moment du référendum sur le Traité constitutionnel était juste.

Non le marché libre et non faussé ne peut être une ligne politique car il accroît les inégalités.

Oui nous avons besoin de plus de solidarité en matière fiscale et sociale  pour empêcher le dumping social et fiscal entre Etats européens.

Il n'est pas l'heure de contraindre les dépenses publiques mais au contraire de les réorienter : moins de politique de défense (cf. les armes vendues aux Grecs par la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne et qui pèsent à hauteur de 10% du budget grec en raison de l'incapacité de l'UE à régler le problème chypriote), plus de services publics et surtout une autre redistribution des richesses, taxer l'argent là où il est, là où les revenus ont le plus augmenter et quand ils sont stériles.

A la GUE/NGL nous essayons de réfléchir à l'ensemble de ces sujets.

Ce n'est pas toujours facile car nous sommes assez divers mais finalement sans doute moins que dans les autres groupes car nous avons un idéal commun.

En travaillant au Parlement européen, on voit combien il est important de construire cette gauche européenne. On voit aussi que c'est possible.

Partout des luttes s'engagent. Il faut faire reculer ces politiques de régression sociale.

La bataille sur les retraites en est l'illustration en France. Cette bataille ne fait que commencer.

Nicolas Sarkozy va utiliser toutes les arguties juridiques et va essayer de passer en force à la rentrée. Ne le laissons pas faire. Rappelons-nous du CPE. La réforme avait été votée quand le gouvernement a du la retirer devant les mobilisations.

A la gauche de la gauche, nous avons une vraie responsabilité qui pèse sur nos épaules : celui de redonner espoir au peuple et notamment aux classes populaires.
C'est un défi pour nous et pour tous ceux et toutes celles qui, avec nous, croient qu'un autre monde est possible. Pour cela, ensemble, nous devons construire une démocratie plus délibérative faite d'allers - retour entre les citoyens et les élus.

Publié dans Grèce-Crise

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