Chronique d'une eurodéputée N°7

Oserai je dire que la reprise des travaux au Parlement européen s'est faite sur les chapeaux de roue ?

Nous avons déjà eu deux sessions plénières à Strasbourg et entre les sessions, nous ne chômons guère.

 

La 1ère session a bien sûr été marquée, du point de vue de notre hexagone, par la condamnation non pas de la France mais de la politique du gouvernement français à l'égard des Roms.

 

La majorité obtenue a été très large (plus de 80 voix) et cette majorité rend assez dérisoire la façon dont le Président de la République et ses ministres fétiches (les sus-nommés Besson et Lelouche), ont réagi  en jouant la surenchère (pour ne pas dire les vierges effarouchées), et en ne prenant qu'une petite phrase prononcée par Viviane Reding, en la sortant de son contexte et en la caricaturant, oubliant au passage que de très nombreux Roms avaient eux aussi péri dans les camps de la mort et que ce génocide n'avait toujours pas été reconnu pas plus que celui des homosexuels d'ailleurs.

 

Sur le fond, je ne peux que me féliciter des propos de madame Reding. Il faut dire que la révélation de la fameuse cirulaire du 5 août a bien aidé en montrant clairement ce que tous ceux et toutes celles qui cherchent à aider les Roms savent bien et ce que le Président de la République française avait clairement dit fin juillet. Il s'agit bien de viser une population particulière, une communauté culturelle spécifique.

 

Le problème, si je peux m'exprimer ainsi, c'est que ce sont des citoyens européens et qu'ils ont droit d'une part à la libre circulation (et ce, sans aucune restriction pendant trois mois) et a un certain nombre de garanties procédurales.

 

On peut reprocher à la Commission d'être assez prudente et d'avoir pris son temps avant de lancer la procédure d'infraction car quoi qu'en dise, là encore, le gouvernement français, cette procédure est bien lancée; la commissaire Reding l'a d'ailleurs confirmé au Parlement européen le 29 septembre.

 

On peut encore lui reprocher de prendre son temps pour que cette procédure d'infraction concerne non seulment la transposition de la directive sur la libre ciculation mais aussi les discriminations.

 

Mais il faut dire que c'est la 1ére fois qu'une procédure d'infraction est lancée dans le champ des droits de l'Homme et de la justice (un des rares avantages du Traité de Lisbonne) et que cela concerne un des principaux Etats de l'Union. Donc la procédure doit être inattaquable si la Commission ne veut pas perdre tout son crédit en la matière.

 

Cette affaire est donc loin d'être close et je crois que, sur ce sujet, si la Commission venait à freiner son bel élan, nous serions un certain nombre au Parlement européen à la rappeler à son devoir de gardienne des Traités. Elle a su le faire avec beaucoup de zèle en matière économique jusqu'à présent. On ne va quand même lui reprocher aujourd'hui qu'elle commence à le faire dans le cadre du nouvel espace de justice et de libertés que les institutions européennes prétendent mettre en place.

 

Au final, je trouve assez drôle que celui qui s'est tant vanté d'avoir trouvé une porte de sortie pour passer outre sur le vote des peuples sur le traité constitutionnel se prenne les pieds dans le tapis.....