Le "marathon" de la campagne
Article paru dans L'Humanité du 7 mai 2009, par Christophe Deroubaix:
Marie-Christine Vergiat plonge dans le bain électoral
Marseille,
correspondant régional.
« Inconnue » et « novice » : est-ce rédhibitoire pour mener une campagne électorale ? Lorsque Marie-Christine Vergiat sera l’invitée d’une chaîne de télévision - cela finira bien par arriver -, on ne manquera pas de lui poser la question. Autant devancer l’interpellation.
« Inconnue » ? Du grand public, pour l’instant, certes. Encore met-elle les bouchées doubles pour sillonner cette circonscription du Grand Sud-Est. Mais pas inconnue des cercles associatifs dans lesquels elle milite depuis longtemps. Investie en Seine-Saint-Denis où elle a posé ses valises, Marie-Christine Vergiat - titulaire d’une maîtrise de droit public et d’un DEA d’histoire du droit, aujourd’hui agent contractuel au ministère des Affaire sociales - est une figure, comme on dit, de plusieurs associations (la Ligue des droits de l’homme, entre autres) dont elle tait le nom en cette période de campagne électorale. « Je ne veux pas les citer car je respecte leur indépendance. »
« Novice ». En matière de campagne électorale, nul doute. Mais en politique, pas vraiment. Justement, son engagement associatif, elle l’a toujours envisagé comme un investissement politique, au sens premier du terme (en y aurait-il un second, d’ailleurs ?). Elle a également été membre du PS, y a milité jusqu’en 1995, et a cessé de prendre sa carte en 2005. Malgré cette riche expérience, être engagée dans une « bagarre électorale » - qui plus est comme tête de liste - représente malgré tout une nouveauté pour cette femme de cinquante-deux ans. Interloquée dans un tout premier temps par la proposition, elle « n’a pas hésité longtemps. Dans les quarante-huit heures, j’acceptais ». Pour une raison fondamentale : « l’occasion d’être en première ligne pour porter une parole ». Elle ajoute : « Je ne cesserai pas d’être une militante associative. L’essentiel pour moi est de porter mes valeurs. Là, je les porte sur le terrain politique. Tout le monde se plaint du manque de débouchés politiques et là nous avons une occasion. »
Depuis plus d’un mois et le lancement de sa campagne sur le cours d’Estienne-d’Orves à Marseille, elle trimballe son « naturel » et son franc-parler aux vingt-cinq coins d’une circonscription aussi stupidement découpée que les autres.
Un sentiment à ce stade du marathon ? « Je sens que les choses montent en puissance. Les premières réunions ont essentiellement mobilisé des militants. Puis, on a vu arriver des gens du NPA et du PS qui se posaient des questions. Désormais, on dépasse les cercles militants et l’on voit des gens que personne ne connaît. »
La « non-campagne » officiellement orchestrée ne lui donne-t-elle pas le sentiment de « boxer dans le vide », pour emprunter au jargon pugilistique ? Du tac au tac, elle répond : « Lorsqu’on discute avec des gens, ce n’est jamais boxer dans le vide. Comme le 1er Mai, lorsque nous avons rencontré des infirmières à l’hôpital de La Timone à Marseille. Elles étaient nombreuses à ne pas savoir qu’une élection européenne allait se tenir. Mais lorsque nous avons parlé de notre position sur l’hôpital public, nous avons senti une écoute. Mais c’est vrai que nous sommes les seuls en campagne. Je ne trouve pas cela frustrant pour autant. »
Première marche dans cette campagne : informer de la tenue du scrutin européen et pour cela « démultiplier les initiatives ».
Puis, pas supplémentaire, développer son argumentaire en trois points : carton rouge à Sarkozy, carton rouge à cette Europe-là, promouvoir une autre Europe. « Autant nous pouvons être nombreux, en termes de liste, à développer le premier point, autant, sur le deuxième, nous le sommes déjà moins, et lorsque nous abordons le troisième, il ne reste plus que le Front de gauche. »
Enfin, convaincre de l’utilité du vote. « Le plus lourd, reconnaît Marie-Christine Vergiat, c’est de convaincre que l’on peut changer le cours des choses, c’est de se battre contre la résignation. »