Un combat pour l’humanité tout entière : Barack Obama laissera-t-il assassiner H. Skinner et M. Abu-Jamal ?

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Ci dessous, ma tribune à L’Humanité des débats du 20 février 2010.

Un combat pour l’humanité tout entière

Par Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de gauche-GUE/NGL


Barack Obama laissera-t-il assassiner H. Skinner et M. Abu-Jamal ?


Jeudi 24 février s’ouvrira à Genève le 4e congrès mondial contre la peine de mort  : une occasion pour le mouvement abolitionniste de faire un bilan et d’alerter, une fois encore, l’opinion internationale sur ce crime d’État qui donne à la justice un caractère meurtrier. Depuis 1977, le nombre de pays abolitionnistes est passé de moins de vingt à plus de cent et une quarantaine de pays n’exécutent plus les condamnations à mort. Néanmoins, en 2008, près de 6 000 condamnés ont été exécutés, essentiellement dans une dizaine de pays.

La Chine détient le record du nombre de victimes avec plus de 5 000 personnes suppliciées en 2008. Et, l’exécution, le 29 décembre dernier, d’Akmal Shaikh, britannique de cinquante-trois ans, vraisemblablement malade mental, est un signe de durcissement diplomatique car c’est le premier Européen exécuté depuis cinquante ans. Les pays qui refusent l’abolition se concentrent en Asie avec l’Iran, où la situation se détériore (plus de 350 exécutions annuelles), l’Arabie saoudite et la Corée du Nord. Mais il n’y a pas que dans les États autoritaires que le plus élémentaire des droits de l’homme, le droit à la vie, est bafoué, puisque les États-Unis figurent en 5e position de ce palmarès et le Japon en 10e.

Les États-Unis, terre de contradiction, refusent de ratifier certains textes internationaux pour ne pas ouvrir le débat sur l’abolition de la peine de mort  ; la Convention internationale des droits de l’enfant, entre autres, en fait les frais. Tout un symbole, même si la Cour suprême interdit désormais la condamnation à mort de personnes mineures au moment des faits.

Le gouverneur de l’Illinois, partisan de la peine de mort, a pourtant maintenu le moratoire mis en place par son prédécesseur pour éviter « l’exécution d’innocents ». Car, si les Américains restent majoritairement favorables à la peine de mort, ils supportent de plus en plus mal les erreurs et le racisme de leur système judiciaire  : avec la généralisation des tests ADN, 124 condamnés à mort ont, en effet, pu être innocentés. Des études publiées dans plusieurs États, dont la Californie qui compte plus de 600 condamnés à mort, soulignent, en outre, le coût de la peine capitale (jusqu’à 70 % de plus que pour une incarcération à perpétuité)  : des centaines de personnes, majoritairement noires, croupissant dans les couloirs de la mort. Ce raisonnement, quelque peu cynique, semble peser lourdement sur les choix de certains Américains en cette période de rigueur budgétaire. Ces évolutions rendent encore plus insupportables la situation de certains condamnés à mort.

D’abord, bien sûr, Mumia Abu-Jamal, emprisonné depuis décembre 1981 alors même qu’un tueur à gages a avoué être l’auteur du crime qui lui est reproché. La Cour suprême américaine vient de renvoyer son sort devant la cour d’appel de Pennsylvanie qui refuse de réexaminer le dossier sur le fond et décidera soit de confirmer la peine de mort, soit de la transformer en perpétuité.

Mais aussi Hank Skinner, dont l’exécution est justement prévue le 24 février, jour de l’ouverture du congrès mondial. Tant d’injustice judiciaire dans ce qu’il est convenu d’appeler la plus grande démocratie du monde est exemplaire de la justice du Texas, où l’on exécute plus de condamnés que dans l’ensemble des autres États américains  : procès à charge, pressions sur les témoins, destruction de preuves, refus d’utiliser l’ADN, avocat de la défense corrompu…

La Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique a une nouvelle fois porté ce débat au niveau de l’Union européenne mais la majorité du Parlement européen l’a refusé. Aujourd’hui, il reste très peu de temps pour écrire massivement à Barack Obama (*), qui seul peut empêcher la mort de ces innocents.

Le 18 décembre 2007, l’ONU a adopté une résolution historique appelant à un moratoire universel sur l’application de la peine de mort dans le monde. Cette résolution précise que « la peine de mort porte atteinte à la dignité humaine » et « qu’il n’y a pas de preuve irréfutable [qu’elle ait] un effet dissuasif ». Dont acte. Dans les 54 pays qui continuent à violer le droit à la vie, seule la mobilisation citoyenne internationale peut faire pression dans le sens de la dignité humaine. C’est un combat pour toute l’humanité.


(*) Pour Mumia  : http://secure.mrap.fr/Signez-la-lettre-petition-a-Barack.html
Pour Hank  : http://www.abolition.fr/ecpm/french/article.php ?art=751&suj=137

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