Prix Sakharov : quel intérêt si nous ne soutenons pas les anciens lauréats?

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Le 21 octobre, le jour même de l'attribution du prix Sakharov, nous avons abordé le cas d'Oleg Orlov, ancien lauréat du prix Sakharov dans le cadre des urgences humanitaires.

Je voudrais profiter de cette intervention pour nous interroger collectivement sur ce à quoi sert le prix Sakharov. Je voudrais tout d'abord remercier mes collègues et notamment Heidi Hautala d'avoir répondu à ma demande concernant la situation de Mr Oleg Orlov. En Effet, Mr Orlov est l'un des trois responsables de l'association Memorial à qui nous avons décerné le prix Sakharov l'année dernière.

 En remettant ce prix nous avons récompensé l'engagement de ceux qui osent encore dénoncer la situation en Tchétchénie. C'était un symbole, c'était quelques mois après l'assassinat de Mme Natalia Esteminova, que Mr Orlov avait violemment dénoncé.
 Nous savions que le Président tchéchéne, poursuivait de sa haine Mr Orlov et qu'il avait porté plainte contre lui. En janvier 2010, Mr Orlov et Memorial ont été condamnés et nous n'avons rien dit. Et le 6 juillet dernier Mr Orlov a été de nouveau inculpé et il encourt aujourd'hui 3 ans de prison. Quand nous décernons le prix Sakharov, nous cherchons à valoriser le combat d'hommes et de femmes qui luttent pour la démocratie et les droits de l'Homme et en leur attribuant ce prix, nous les plaçons sous notre protection. Or qu'avons nous fait pour Mr Orlov et pour tous ceux qui défendent  les droits de l'Homme en Russie et en Tchétchénie.
 Comment avons-nous fait évoluer le dialogue de l'UE pour que les droits de l'Homme soient enfin respectés dans le Caucase du Nord.
Pouvons-nous tolérer sans rien dire plus d'un an après le meurtre de Mme Estemirova qu'aucune poursuite judiciaire n'est été engagée?
Pouvons-nous tolérer que les défenseurs des droits de l'Homme soient enlevés, molestés, disparaissent, sans aucune réaction judiciaire?
J'ai un peu envie de dire, à quoi servons-nous? Si plénière après plénière nous dénonçons un certain nombre de violations des droits de l'Homme sans que cela empêche la Commission de poursuivre ses dialogues dits "constructifs", et nous dise que les choses progressent mais pas sur les terrains des droits de l'Homme et de la justice.
Quand cesserons-nous de renoncer à ces valeurs que l'on dit fondamentales au profit des intérêts économiques et politiques de certains Etats membres.
Peut-être serions-nous plus crédibles si nos séances n'étaient pas renvoyées à cette fin de session devant un parterre de députés convaincus mais dont le nombre est quand même réduit au minimum?

Marie-Christine Vergiat

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