"MUGABE OU L’AFRICAIN BLANC" recommandé par la LDH

Publié le par Marie-Christine Vergiat

A la veille du weekend, un autre film recommandé par la LDH à voir.


MUGABE OU L’AFRICAIN BLANC

 

Ceux qui connaissent Barrage contre le Pacifique ou le film de Claire Denis, White material, retrouveront le même sujet traité ici, mais cette fois ce n’est pas de la fiction. Nous sommes au Zimbabwe. L'arrivée de Robert Mugabe au pouvoir dans les années 1980 avait suscité beaucoup d'espoir : un quart de siècle plus tard, son régime est devenu un cauchemar conduisant plusieurs millions de Zimbabwéens  à la famine et la majorité de la population à vivre avec moins d'un dollar par jour. Il a entre autres imposé par la violence une réforme agraire expropriant exclusivement les fermiers blancs. La plupart d’entre eux ont fui, sous la menace d’une milice meurtrière. Les fermes ne sont pas redistribuées aux paysans mais données à la clique gouvernementale, qui laisse les terres en friche. Le chaos et la famine règnent dans un pays sans espoir, sans justice et sans loi, tandis que paradent dans des voitures coûteuses les amis et hommes de main du président.

 

L’un des derniers fermiers à résister, avec sa famille, est le vieux Mike Campbell qui se définit comme un Africain blanc. Il décide d’attaquer le président Mugabe devant le tribunal international de la SADC (Communauté de développement sud-africain) qui siège en Namibie : s’il gagne, toutes les expropriations de Mugabe deviendront illégales.

Il gagne en effet, malgré les efforts des représentants de Mugabe pour faire traîner le procès, malgré l’agression des miliciens qui le battent et le torturent sauvagement, ainsi que sa femme et son gendre. Mike Campbell et ses avocats invoquent le droit à la propriété : la ferme a été achetée légalement, avec l’autorisation de l’Etat. Mais ils invoquent surtout les droits de l’Homme : Mugabe a déclaré vouloir être un Hitler puissance dix, il prétend faire régner la justice pour son peuple en lui rendant ses terres et en chassant les anciens colonisateurs ; en réalité il pratique le pillage et une discrimination raciale systématique. L’année suivant le verdict, en 2009, Mugabe déclare qu’il poursuivra les expropriations et la ferme est entièrement brûlée.

 

L’argumentaire de Campbell et de ses proches offre matière à débat : profondément chrétiens, ils se sentent investis d’une mission, se conduisent en patrons exemplaires qui font vivre 500 personnes ; ils refusent de céder à la peur et de fuir ; c’est le pays où certains d’entre eux sont nés ; mais ils se battent contre une dictature corrompue, raciste et sanglante, qui méprise le droit international, pas contre une démocratie.

 

Le film a été tourné, dans des conditions parfois très dangereuses, en caméra cachée. D’où des images parfois très dures, en particulier les photographies utilisées comme pièces à conviction pour le tribunal.

 

 

Mugabe et l’Africain blanc

Film documentaire, 2009

90’, anglais sous-titré en français

Réalisation : Lucy Bailey et Andrew Thompson

Distribution : Pretty Pictures

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