Mon intervention sur la situation au Kirghizistan

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Séance plénière du Parlement européen à Strasbourg [20 avril 2010]

 

Madame la Haute-représentante,

Cher(e)s collègues,

 

La situation au Kirghizistan est particulièrement instable. Pourtant ce pays a été, et est peut-être encore, un de ceux qui semblaient le plus ouvert à la mise en place d'institutions démocratiques.

 

"La révolution des Tulipes", en 2005, a soulevé une fois encore un immense espoir. Mais M Bakïev a failli, incapable de répondre aux besoins et aux demandes de la population, laissant se développer la corruption, y prenant lui-même part, avec un certain esprit de famille, et installant un régime de plus en plus autoritaire dont les opposants politiques, les défenseurs des droits de l'Homme et les journalistes ont largement fait les frais.

 

Après les émeutes du 7 avril, qui firent 76 morts selon les chiffres officiels et plus de 1.500 blessés, un gouvernement provisoire a été mis en place et M Bakïev a finalement démissionné après une semaine de tergiversations.

Mais il ne semble pas pour autant avoir totalement renoncé au pouvoir. De nouvelles émeutes ont, en effet, eu lieu hier dans le sud du pays à l'instigation de ses partisans.

 

Madame la Haute-représentante, ce pays a une importance stratégique considérable, et pas seulement en termes militaires, et il ne doit pas être le "terrain de jeu" de certaines grandes puissances.

L'Union européenne, malgré certains discours, n'est toujours pas assez présente dans cette région du globe.

Son soutien, sa présence diplomatique restent timides. Il suffit de lire les dépêches qui tombent en ce moment sur la situation dans ce pays pour s'en convaincre. Il n'est question que des Etats-Unis, de la Russie et du Kazakhstan qui préside actuellement l'OCDE.

 

Pourtant, le soutien de l'UE est essentiel pour assurer l'indépendance de ce pays. Vous avez raison, Madame la Haute-représentante, la priorité doit aller au rétablissement de l'Etat de droit. Mais il faut très vite aller au delà et développer une véritable stratégie européenne pour cette région du globe.

 

Oui, nous devons aider ce pays à combattre la pauvreté (40 % de la population est en deçà du seuil de pauvreté). Il faut y faciliter le développement économique grâce à un soutien en matière d'éducation, de santé, mais aussi par rapport à l'eau, qui revêt d'une importance stratégique toute particulière pour toute cette région productrice notamment de coton et nous devons bien sûr avoir une politique forte, offensive oserais-je dire, en matière de soutien à la démocratie et à la défense des droits de l'Homme ce qui est aujourd'hui l'urgence la plus absolue.

 

Notre engagement, Madame la Haute-représentante, peut et doit empêcher ce pays de basculer vers l'intégrisme et un régime autoritaire. Il ne s'agit pas de nous insérer dans leurs affaires intérieures, mais au contraire d'aider la population kirghize à retrouver confiance en la démocratie. C'est la clef pour que ce pays ait un rôle moteur dans cette région du monde.   

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