Liberté : un film de Tony Gatlif qui fait revivre la mémoire autours de l'extermination des Tsiganes par les nazis

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Je souhaite ici vous transmettre et m'associer au message de mon amie Sylvie Pierron.

Sylvie Pierron
Conseillère municipale de Lyon
Déléguée à la Cohésion Sociale et Culture
 
Mémoire et Liberté
 
Invitée par la Maison des Passages et l'ARTAG, l'Association Régionale des Tsiganes et de leur Amis Gadjé, pour l'avant-première du film Liberté de Tony Gatlif, je tiens aujourd'hui, notamment en tant qu'élue de Lyon au Conseil d'Orientation du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation, à m'inscrire parmi ces amis gadjé et apporter ma pierre à la reconstruction d'une mémoire injustement confisquée.
 
Les nazis entreprirent d'exterminer les tsiganes (internement, stérilisation, massacres, déportation et gazage), jugeant qu'ils étaient indignes de vivre dans leur nouvelle société, comme asociaux irréductibles et appartenant à une race "hybride" et inférieure. Le camp d'Auschwitz, connu de tous pour le génocide juif, fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tsiganes. En France, 6000 gens du voyage ont été parqués dans les camps de rétention de Vichy, de Jargeau à Vénissieux, entre 1940 et 1946.
 
Tony Gatlif, par ce film magnifique, leur restitue et nous restitue cette partie de la mémoire nationale qu'une peur archaïque des Voyageurs a occultée. Dans l'échange avec Gatlif et Marc Lavoine, qui incarne dans Liberté un maire solidaire d'une famille traquée par les collabos et la police française, la communauté tsigane a exprimé le même vide, la même absence dans l'arbre généalogique que Régine Robin exprime avec tant de force pour les familles juives dans L'Immense fatigue des Pierres.
Mais aussi une peur encore présente, inscrite dans la mémoire familiale, aussi longtemps peut-être que la mémoire nationale leur sera déniée. Aussi longtemps sûrement que les Voyageurs seront obligés de porter sur eux, sous peine de garde à vue et d'une amende de 150€, un carnet de voyage, si semblable aux Livrets Anthropométriques de Vichy...

Liberté sera, doit être, en cette année de commémoration des exactions vichystes et nazies, la meilleure stèle commémorative qu'on puisse ériger : une mémoire vivante et libre comme ce personnage emblématique d'homme qui court - comme l'Atanarjuat du réalisateur Inu Zacharias Kunuk -, d'homme qui danse et embrasse la terre, le vent et l'eau... et dont la course se transforme en fuite.
 
Mais Liberté ne dit pas seulement l'angoisse de la traque et de l'enfermement, ni la honte qui peut nous envahir collectivement. C'est véritablement un hymne à la liberté du voyage, à la liberté humaine. Amis gadjés, il faut le voir avec les yeux de Mademoiselle Lundi sur un petit air clandestin de Temps des cerises, avec les yeux de l'orphelin Ti'Claude qui s'agrège à l'amour familial et joyeux des Tsiganes, avec les yeux coléreux aussi du Yéniche qui voudrait punir les délateurs zélés.
 
Pour combler l'oubli, enseigner l'Histoire absente des manuels, la Maison des Passages et l'ARTAG, en partenariat avec le CHRD, organisent en ce 70eme anniversaire de l'internement leur Festival annuel, "Itinérances Tsiganes", à Lyon, du 29 avril au 30 mai 2010, sur le thème « Une Mémoire française, Les Tsiganes pendant la seconde guerre mondiale : 1939-1946 ».

Participons nombreux, à Lyon et partout en France (programmation nationale), à cette remémoration, à cette reconnaissance collective et nationale dont toutes les familles victimes des politiques racistes ont besoin... pour poursuivre leur Voyage.

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