Le désarroi de Didier, producteur de lait, et les négociateurs de l’ombre

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Je m'associe à ce communiqué de Patrick Le Hyaric qui met en lumière la situation de détresse dans laquelle se trouve aujourd'hui les producteurs de lait.

Didier est sans doute le plus important producteur individuel de lait du département du Lot et Garonne. Il produit un million de litres par an. Un millions de litres !  Il aurait sûrement été considéré comme un « gros » producteur il n’y a pas si longtemps dans nos colonnes. Je l’avais rencontré il y a un an, au cœur de la crise du lait. Combatif, il avait participé au lancement de l’association des producteurs de lait, l’APPLI. Sa situation n’a fait que se détériorer à cause des bas prix à la production, alors qu’il était contraint de dépenser de l’argent pour mettre son exploitation aux normes environnementales.

Aujourd’hui, il est au bord de la faillite. Il produit un million de litres de lait mais il a dû demander le  « Revenu de Solidarité Active ». Quelle société que celle qui pousse des travailleurs de la terre, si jeunes, si compétents, si performants, si passionnés par leur métier vers l’abîme, une société où se répand un antihumanisme glacial. D’autant plus glacial et insupportable qu’à quelques heures d’avion de la ferme de Didier des enfants meurent au rythme d’un toutes les cinq secondes parce qu’ils n’ont pas accès au lait. Et le plus scandaleux encore, le plus révoltant est cette lettre qu’a reçu Didier après avoir demandé le RSA. Voici l’extrait principal : « « Suite à votre demande, nous vous informons que Monsieur le Président du Conseil Général vous a ouvert un droit au Revenu de Solidarité Active à compter du 01/06/2010. Le montant mensuel de votre allocation est de 4,57€ pour la période du 01/06/2010 au 30/06/2010. Nous vous adresserons une déclaration trimestrielle RSA à compléter et à nous retourner ». Honteux, scandaleux, révoltant !

Oui, Didier produit un bien alimentaire indispensable à la vie. Non seulement on tolère qu’il perde de l’argent en travaillant, que les banques, renflouées par l’argent public ne lui accordent pas le moindre prêt, qu’il est acculé à la ruine, mais on lui propose, très …. généreusement… 4,57€. Et après cela des biens pensants au compte en banque bien garni s’offusquent d’accès de révolte. Le plus étonnant est qu’il n’y ait pas plus de… révoltes !

Et ce qui est annoncé comme le nouvel accord producteurs-transformateurs-distributeurs de lait est une tromperie, un marché de dupes. Il consiste à augmenter le prix de 10% par rapport au prix de …. l’an passé à la même époque. Comme les prix étaient très bas il y a un an, environ 27 centimes le litre, et qu’en 2008 il était de 38,5 centimes, cela signifie qu’il n’y aura quasiment aucune augmentation de prix à la production. Les prix l’année dernière étaient de 20% inférieurs à 2008. En vérité, le tour de passe-passe revient à un prix du lait abaissé de 10% par rapport à 2008, au moment même où le prix du beurre augmente de 60% et celui de la poudre de lait de 40%.

De plus, le prix du lait français sera indexé sur le prix allemand qui est en moyenne inférieur pour plusieurs raisons : l’Allemagne valorise moins son lait dans des produits à grande valeur ajoutée comme les fromages. Et les coûts de production en Allemagne sont moins élevés parce qu’une grande partie de la production se fait dans de grandes exploitations « industrielles » et les producteurs sont plus aidés qu’en France.

D’ailleurs quand les transformateurs et la grande distribution réclament plus de compétitivité pour notre production laitière, cela veut dire qu’ils souhaitent éliminer encore plus de petits et moyens producteurs et créer de grandes unités industrialisées pour réduire encore les coûts de collecte, que pourtant le consommateur paie.

Il n’y a pas de revenu décent pour un producteur de lait à moins de 350 à 400€ la tonne. Pour l’emploi, la qualité du lait, la vie des territoires, c’est d’un prix minimum de base pour une production moyenne dont ont besoin les producteurs de lait, et non de cette mise en concurrence insupportable.

Pour Didier et tous ses collègues agriculteurs, il faut réagir solidairement. Mais ce sont les Didier des fermes comme François l’ouvrier, Madeleine l’enseignante, Michelle Cadre, Jean-Luc, privé d’emploi, qui doivent s’unir, se solidariser pour changer radicalement la donne.

Publié dans Emploi

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