Kenya: Arrestation avortée du président soudanais Omar el-Béchir

Publié le par Marie-Christine Vergiat

 

Madame la Présidente, nous sommes nombreux dans cet hémicycle à regretter la décision du Kenya, celle de l'Union africaine et celle de la Ligue arabe de refuser de mettre en œuvre le mandat d'arrêt international pour crime contre l'humanité à l'encontre d'Omar el Béchir. Le président soudanais jouit ainsi d'une totale impunité dans la quasi-totalité des pays africains et arabes. Nous sommes aussi un certain nombre, sans doute un peu moins, à souhaiter que la justice internationale puisse être la même pour tous et pour toutes partout à travers le monde.

 

Nous savons combien il a été difficile de mettre en œuvre la Cour pénale internationale. Nous savons aussi que le chemin est encore assez long avant que cette juridiction puisse agir partout à travers le monde. Nous serions cependant plus crédibles si l'ensemble de nos États, et notamment la France, ne tergiversaient pas autant avant d'adapter leur droit à celui de la justice internationale. Nous serions plus crédibles si de grands États comme les États-Unis ne se situaient pas hors du champ d'application de cette justice internationale.

 

J'oserais dire que les États européens ont de lourdes responsabilités vis-à-vis de l'Afrique et que nous ne devons pas leur donner une impression de deux poids et deux mesures, car force est de constater que la justice internationale semble surtout s'appliquer aux États africains, sauf si les gouvernements de certains États européens y ont des intérêts puissants.

 

Alors, oui, sur ces bancs, nous regrettons que la décision de la Cour pénale internationale ne soit pas appliquée à Omar el Béchir, responsable de tant de crimes. Mais nous voulons une justice égale pour tous et pour toutes, y compris sur le territoire de l'Union européenne. Ce n'est qu'à cette seule condition, qui est celle de l'exemplarité, que l'Union européenne pourra être un véritable espace de liberté et de justice et que nous pourrons avancer pas à pas vers l'universalité du droit, de la démocratie et des droits de l'homme.

 

C'est pourquoi je me félicite aussi que ce matin, une large majorité du Parlement européen ait condamné l'ensemble des discriminations à l'égard des Roms et tout particulièrement les propos xénophobes du président de la République française, qui ose encore se prévaloir de la déclaration des droits de l'homme.

 

Il ne nous reste plus, Madame la Commissaire, qu'à passer aux actes si nous voulons que nos discours continuent à être crédibles partout à travers le monde.

Publié dans Droits de l'Homme

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