Jeunesse : un point sur les politiques de l'Union européenne

Publié le par Marie-Christine Vergiat

 
 
Un point sur les politiques de l'Union européenne pour la jeunesse
Le 28 septembre 2010 j'ai eu le plaisir de rencontrer des représentants du CNAJEP (comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d'éducation populaire). Je partage avec vous mon intervention lors de cette visite qui fut l'occasion, pour tous, de faire un point sur le potentiel et les défaillances des politiques de l'Union européenne en faveur des jeunes.

 

Tout d'abord il est utile de préciser qu'il n'existe pas de base légale très précise à l'action de l'Union européenne (UE) en matière d'éducation et de jeunesse.

C'est la fameuse stratégie de Lisbonne, remplacée aujourd'hui par la stratégie 2020, qui fonde l'action de l'UE en ce domaine.

Autrement dit le fameux concept de "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable de créer une croissance économique durable, accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale".   

            Et alors que le monde s'accorde aujourd'hui, ou presque, à constater que la stratégie de Lisbonne a été un échec, cela n'a en rien modifié les axes de cette stratégie.

            Au mieux, les a-t-on simplifiés, ce qui ne les rend d'ailleurs pas plus lisibles. Nous sommes dans le cadre de la fameuse MOC : la méthode ouverte de concertation où si je résume, l'Union et notamment le Conseil des ministres définissent de grands objectifs prioritaires, sous le contrôle ou plus exactement dans des domaines comme ceux-là sous la pression du Parlement européen, mais dans lesquelles les Etats membres ont toute latitude de s'engager ou non.

            Car en effet, le Parlement européen n'a pas cessé de dénoncer l'inefficacité et les carences de cette méthode, qui laisse la mise en œuvre des stratégies à la bonne volonté des Etats sans même leur donner d'objectifs contraignants.

            L'adoption de la stratégie dite 2020 a permis au Parlement européen de renouveler ses critiques mais j'aurais tendance à dire en vain malgré la mise en œuvre du Traité de Lisbonne qui, théoriquement, renforce les droits du Parlement européen.

            La politique européenne en matière de mobilité est un des axes sans cesse réaffirmé puisqu'il vise à éliminer les obstacles à la mobilité et donc à la libre circulation, dans les domaines des transports, de la main d'œuvre et de l'éducation.

Je devrais ajouter que théoriquement les Traités donnent un minimum de compétences à l'UE en matière d'éducation et ce depuis le Traité de Maastricht et que le Traité d'Amsterdam a même donné pouvoir de codécision au Parlement européen sur ces sujets.

            Les textes précisent que l'UE doit "contribuer au développement d'une éducation de qualité et pour ce faire dispose d'une compétence pour mener des actions afin d'appuyer de coordonner ou de compléter, l'action des Etats membres" (c'est l'article 6 des Traités).

C'est donc le champ de la subsidiarité par excellence.

Les compétences théoriques sont confortées par la mise en œuvre d'une "clause dite sociale" dans le cadre du Traité de Lisbonne, cette fois-ci pour garantir la "prise en considération d'un niveau élevé d'éducation" et par l'article 14 de la Charte européenne des droits fondamentaux qui assure que : toute personne a droit à l'éducation ainsi qu'à l'accès à la formation professionnelle et continue".

Pour essayer d'atteindre ces objectifs, l'UE a mis en place de nombreux programmes, et je les cite dans le désordre.

Tout d'abord :

- Comenius, pour les plus petits;

- Grundtvig, pour les adultes;

- Lingua, dont le nom traduit bien, l'apprentissage des langues est une préoccupation importante pour le Parlement européen;

- Minerva, centré sur les nouvelles technologies.

 

Plus récemment d'autres programmes ont fait leur chemin:

- Leonardo Da Vinci, pour la formation professionnelle;

- Tempus, lancé après la chute du mur de Berlin et dédié à des échanges avec l'Europe orientale.

 

Ces programmes d'échanges traditionnels, qui sont un des meilleurs visages de l'Europe, sont complétés, d'une part, avec les programmes jeunesse que vous connaissez bien, "jeunesse en action" et le tout nouveau programme "Jeunesse en mouvement", et d'autre part, ce qui est sans doute le plus important avec les programmes en matière d'éducation et de formation. C'est-à-dire d'une part le processus de Bologne qui a commencé sur l'enseignement supérieur et prend en compte de plus en plus l'ensemble du système éducatif, d'autre part, le processus de Copenhague qui concerne l'apprentissage et la formation professionnelle.

Après cette énumération, on peut se dire que l'UE prend largement compte de ces questions. Mais ce qui frappe, c'est l'absence de coordination entre ces différents programmes. Chose que dénonce régulièrement là encore le Parlement européen.

            Et puis surtout, l'espèce de fossé, pour ne pas dire le gouffre, qui sépare les objectifs affichés et les réalités pratiques auxquelles sont confrontées les populations.

Le Parlement européen est amené peu à peu à jouer un rôle de plus en plus important dans la définition de ces politiques et je m'en réjouis.

Ainsi ce matin, en commission "Culture et Education", nous avons eu un premier débat sur l'avis que nous allons examiner sur la "coopération européenne en matière d'enseignement et de formation professionnelle pour appuyer la stratégie Europe 2020".

Tout d'abord, je suis frappée de constater que la commission Culture et Education n'est saisie que pour avis de cette communication. C'est la commission Emploi et affaires sociales qui est saisie au fond et cela démontre un certain état d'esprit sur l'ensemble de ces questions.

            L'obsession -si je puis dire- c'est l'adaptation aux besoins du marché de l'emploi. Je comprends cette préoccupation quand on connaît le niveau du taux de chômage des jeunes - deux fois supérieur à la moyenne du chômage dans tous les pays de l'UE.

Mais je ne peux m'empêcher de penser que l'on prend le problème à l'envers. Et je vais essayer d'illustrer mon propos.

            La mobilité est le maitre mot de l'UE. Or l'on sait pertinemment que les plus mobiles sont ceux qui ont le socle de connaissances de base le plus large, et l'on ne cesse de vouloir sans cesse plus adapter les formations aux besoins immédiats des entreprises et ce, y compris à l'université.

Adapter les formations aux besoins immédiats des entreprises, c'est sacrifier sans cesse ce socle commun de connaissances à des formations de plus en plus spécialisées qui seront de surcroit, le plus souvent, très vite obsolètes.

S'agissant de l'éducation non formelle, il en est un peu de même.

On ne cesse de faire référence dans nos rapports à la nécessité d'intégrer l'éducation non-formelle, et l'éducation informelle d'ailleurs, aux cotés de l'éducation formelle dans les politiques éducatives.

Mais dans la réalité des faits qu'en est-il ? N'en sommes nous pas encore au degré 0 de la prise en compte de ces questions ?

Je voudrais terminer mon intervention en vous disant combien j'espère que cet échange n'est qu'une première étape vers une construction commune, une construction européenne commune.

 Adversaire du Traité de Lisbonne, je suis néanmoins une européenne convaincue et je suis bien décidée à utiliser toutes les "failles" (ou tous les points positifs), pour aller de l'avant dans la construction de cette Europe plus démocratique, plus citoyenne à laquelle j'aspire.

            Pour cela, j'ai besoin, et je ne suis pas la seule, nous avons besoin de vous et d'organisations comme le CNAJEP.

Je pense que "la société civile organisée" n'a pas encore pris suffisamment de place au sein des Institutions européennes. Et je vous invite là où vous êtes à contribuer à améliorer les choses.

Commenter cet article