Jérôme Kerviel ne peut être le bouc émissaire

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Jérôme Kerviel ne peut être le bouc émissaire

Photo reuters

 

Alors que le jugement de Jérôme Kerviel vient de tomber, je vous invite à lire un communiqué de Patrick Le Hyaric dont je partage tout à fait l'opinion sur ce sujet.
 

Incroyable mais vrai ! La 11ème chambre correctionnelle de Paris vient de condamner Jérôme Kerviel à 5 années de prison dont trois fermes et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts,  l’équivalent de 177 536 années de son actuel salaire de consultant en informatique. Le système qui l’a enfanté, lui, en sortira blanc comme neige ?

Ce qui vient de se passer est disproportionné, inacceptable, insupportable. Que J. Kerviel soit jugé pour des erreurs et des fautes qu’il reconnaît lui-même est normal. Mais ces erreurs, il ne peut les avoir commis seul. S’il était seul coupable, pourquoi la direction de la Société Générale aurait-elle démissionné à l’époque de la découverte des faits ? Pourquoi ne trouve-t-on aucune trace des critiques de la commission bancaire auprès de la Banque de France à l’époque, à l’égard de la Société générale pour défaut de contrôle ? Où sont passés les supérieurs hiérarchiques de J. Kerviel ? S’il était seul coupable, pourquoi aurait-t-on mis tant d’empressement dans les palais officiels de la République, à la Commission de Bruxelles et aux Etats-Unis à multiplier les déclarations sur la régulation des transactions financières et bancaires ?

Le métier de trader consiste par essence en des prises de risques gigantesques et quotidiennes, avec l’argent de nos salaires, de nos retraites, de notre protection sociale, pour faire grossir,  au seul profit  des banques et des financiers, un gâteau qui ne sera jamais partagé. Cela s’appelle spéculer. Et M. Kerviel, comme d’autres, a été embauché pour cela. Aujourd’hui, cela continue avec d’autres traders.

Pendant que des milliards et des milliards continuent à s’échanger pour faire grossir le magot des banques, celles-ci continuent scandaleusement à bloquer l’accès au crédit à ceux qui créent de l’emploi et de la richesse, aux ménages, aux petites entreprises, aux collectivités territoriales.

C’est un tribunal pour juger les créateurs et les organisateurs de ce « casino » à l’échelle planétaire qu’il faudrait ouvrir, ceux qui ont créé ces marchés financiers qui dévastent tout sur leur passage, ruinant les hommes et détruisant la planète. Tous ces systèmes purement spéculatifs,  tous ces marchands de crédits sciemment toxiques, quand les jugera t-on ?

Car jusque là toutes nos propositions visant de nouvelles régulations, une taxation des échanges financiers internationaux, et des transactions bancaires sont restées lettre morte.

Depuis quelques jours, jamais la phrase de Jean de la Fontaine, « Selon que vous  serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » n’avait été autant d’actualité.

Jérôme Kerviel ne peut être le bouc émissaire. Le lampiste de la crise financière qui ne cesse de s’aggraver. Le condamné pour préserver les cotations boursières de la Société Générale. Inadmissible !

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