Hamida, petite sœur de combat, ton sourire nous manque déjà

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Mon intervention à la mémoire d'Hamida Ben Saddia lors de l'Hommage rendu à Said Bouziri par ses amis à la Cité de l'immigration. Un hommage spécifique sera rendu à Hamida prochainement.


Hommage à Hamida Ben Sadia

Cité de l'immigration

9 janvier 2010

 

Rude tâche que celle qui m'est confiée aujourd'hui : celle d'associée à cet hommage à Saïd, Hamida, Hamida Ben Sadia, mon amie, ma petite sœur de combat.

 

Hamida nous a quitté le 29 octobre dernier.

 

Hamida, c'était d'abord un sourire et une formidable joie de vivre, une femme debout, d'un courage et d'un optimisme hors du commun.

 

Cette joie de vivre, au moins apparente, frappait tous ceux et toutes celles qui l'ont connu. Mais cela a été encore plus frappant après la publication de son livre. Cet "Itinéraire d'une femme française (Clamart, Bab El Oued, Epinay sur Seine)" dont je veux ici vous retracer les grandes lignes peut-être pour donner envie de le lire à ceux et à celles qui ne l'ont pas encore fait.

 

Hamida est née en France en février 1961 d'une mère et d'un père algériens, tous deux originaires du même village de Kabylie.

 

Son père est arrivé en France en 1942, en pleine guerre mondiale, pour travailler.

 

Sa mère, elle, ne s'installera vraiment en France qu'en 1961 au moment de la naissance d'Hamida, fuyant la guerre d'Algérie alors qu'Hamida est son troisième enfant.

 

L'enfance d'Hamida est celle d'une enfant de banlieue ordinaire, à Clamart, loin des bidonvilles que connaissent alors beaucoup d'immigrés et leurs familles.

 

Elle vit une enfance relativement heureuse dans une famille de 5 enfants où les filles et les garçons sont élevés dans une relative égalité et elle grandit sans avoir véritablement conscience de ses origines étrangères.

 

Certes, son père peut être violent mais elle lui voue une grande admiration qui durera, je crois, jusqu'à la mort de celui-ci en juillet 2006. Et elle admire aussi, autrement, sa mère considérant que celle-ci avait quelques longueurs d'avance sur son mari comme beaucoup de femmes immigrées de cette génération, profitant mieux des avancées de la société française notamment en s'octroyant le droit d'aller travailler à l'extérieur.

 

Elle vit dans une famille pauvre mais elle n'a jamais manqué de l'essentiel et ce sont surtout ses origines sociales qui la font souffrir à ce moment-là par d'être la "fille de boniche" comme elle le dit dans son livre, alors qu'elle est la seule jeune fille d'origine algérienne de son école.

 

Je n'ai pas voulu idéaliser cette enfance mais je n'en ai révélé que ce qui m'a semblé en être les principales caractéristiques.

 

Hamida ignore, qu'en 1973, lors d'un voyage en Algérie à l'occasion du mariage de son frère ainé, alors qu'elle n'avait que 12 ans, ses parents ont décidé de son avenir et l'ont promise à l'un de ses cousins.

 

De retour en France, elle commence à construire cet esprit d'indépendance, son émancipation, qui furent parmi ses principaux traits de caractère. Elle se vit comme une jeune fille française mais le cache de plus en plus à ses parents. Les conflits avec sa famille se durcissent alors.

 

Et cet univers relativement paisible bascule brusquement en juillet 1977 où croyant partir en vacances en Algérie, elle découvre que ses parents ont préparé son mariage. Un mariage sans amour avec une belle famille et notamment une belle mère qui ne supporte pas sa liberté et lui feront vivre un véritable enfer.

Un an plus tard, elle est enceinte. Elle n'a que 16 ans.

Elle restera 13 ans en Algérie et pour elle, ce furent 13 années de cauchemar avec un mari de plus en plus violent qui l'enfermait et lui interdisait toute relation sociale mais ces années furent néanmoins ensoleillées par l'empathie qu'elle éprouve pour ses voisines, qu'elles voient en cachette, et qui lui feront découvrir l'Algérie.

 

Ce n'est qu'en 1990 qu'elle revient en France. Née en 1961, partie avant sa majorité, elle est algérienne et donc clandestine, sans papiers. Les mots qu'elle utilise dans son lire pour parler de ce qu'elle ressent à cette époque sont extraordinairement significatifs de sa personnalité et je veux vous les faire partager:

- Elle se sent trahie par son pays;

- Ma France est insensible à mon sort, dit-elle;

- Cette France n'est plus la mienne. Je ne reconnais plus ma France.

 

Elle a même un temps l'envie de retourner vivre en Algérie.

Mais, elle réfléchit très vite et se rend compte qu'elle a idéalisé la France pour supporter son mariage.

 

A partir de ce moment là, c'est l'Hamida que nous avons connu qui se met en branle. Elle adhère au FFS et un an plus tard entre au conseil d'administration de cette organisation, puis c'est la rencontre avec SOS Racisme et son engagement au Parti socialiste. Beaucoup d'entre vous l'ont sans doute rencontré dans ces années là. Elle quittera ces deux organisations.

 

Pour ma part, j'ai fait sa connaissance en 2003 au moment des débats de la loi sur le foulard à l'école. Sauf erreur de ma part, c'est à ce moment-là qu'elle s'est engagée à la LDH, adhérant pleinement à notre position sur ce sujet.

 

Je me souviens encore de la façon dont elle avait alors exprimé sa position sur le forum des ligueurs. Ses mots étaient d'une justesse extraordinaire.  C'était les mots d'une femme amoureuse des libertés, militante féministe, les mots d'une défenseuse des droits de l'Homme. Elle dit encore très bien dans son livre qu'elle, qui avait bataillé contre le foulard en Algérie, avait compris qu'on ne pouvait traiter ce problème de la même façon ici et là bas et que l'on était en train de préparer une guerre contre l'ennemi intérieur en faisant les musulmans la cause de tous les maux de notre société.

 

Hamida s'est encore engagée dans "Alternatives citoyennes" et a notamment été numéro deux sur une liste aux élections européennes de 2004 derrière Francis Wurtz. Cela a été pour elle un moment important, une expérience extraordinaire (ce que je comprends tout à fait...). Elle en a retiré surtout d'importants témoignages de solidarité, de fraternité pour reprendre son expression.

 

Je crois qu'elle y a vu d'abord un témoignage de reconnaissance pour elle qui se sentait parfois rejetée, ramenée à ses origines étrangères qui la disqualifiaient, toujours selon elle, aux yeux de nombreux militants doutant de l'objectivité et de la sincérité de ses analyses.

 

Je crois enfin qu'elle a ressenti le même sentiment lorsqu'elle a été élue au comité central en 2007 et, plus encore, quand elle est rentrée au bureau national de la LDH.

 

Hamida aimait par dessus tout ces débats avec les habitants des quartiers populaires. D'une organisation à l'autre, elle a toujours voulu peser sur le Politique. Toujours prête à repartir au combat dans un grand meeting comme dans une petite salle de collège. Hamida avait une force peu commune. Obsédée par la conciliation entre féminisme et antiracisme, elle refusait la victimisation des femmes et se voulait d'abord comme une combattante.

 

Elle disait qu'elle n'avait pas peur de la mort. Elle était seulement obsédée par l'avenir de ses fils. Elle ne voulait pas mourir. Elle est partie trop tôt.

 

Hamida, petite sœur de combat, ton sourire nous manque déjà.

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