Débat au Parlement européen sur la liberté de la presse en Italie

Publié le par Marie-Christine Vergiat

De Patrick Le Hyaric, MEP GUE/NGL, directeur du quotidien "L'Humanité"
 
Débat au Parlement européen sur la liberté de la presse en Italie
 
 
 
La liberté de la presse, et de l'information est un droit fondamental, inaliénable, parce que constitutif du développement humain.
 
C'est d'ailleurs ce que reconnait l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'Homme sur le pluralisme, et l'article 11 de la charte des droits fondamentaux de l'Union sur la liberté d'expression.
 
C'est au regard à la fois de ce droit européen, des recommandations de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, de l'OSCE sur la liberté des médias que notre parlement est fondé à considérer que le président du Conseil Italien, responsable d'un Etat pourtant fondateur de la Communauté européenne - viole les principes de la liberté et du pluralisme de la presse dans son pays de plusieurs manières.
 
Il a transformé des biens communs publics, comme l'information, et la culture en vulgaires marchandises pour le profit, en constituant un empire médiatique - fait de plusieurs chaines de télévisions, de journaux, de maisons d'éditions, d'agences de collecte publicitaires, de compagnies d'assurances et de banques. De surcroît comme président du Conseil italien, il influe sur le choix des nominations dans le secteur public des médias.
 
Cette situation de quasi monopole sur l'information et son financement, lui permet de dominer, de diriger, d'orienter la majeure partie des moyens audiovisuels, de presse et d'édition, mais aussi leur contenu dans son seul intérêt politique et financier.
 
Un tel système de police de la pensée n'est pas compatible avec la nécessaire confrontation démocratique, que seul permet un réel pluralisme de la presse et des médias.
 
Ajoutons, que, dès lors que le même homme et sa famille détienne à la fois le pouvoir politique et le pouvoir médiatique, nous sommes face à un conflit d'intérêt manifeste incompatible avec une démocratie majeure, une démocratie moderne vivante grâce à une citoyenneté active.
 
De surcroît Mr Berlusconi prétend limiter les publications d'informations judiciaires, poursuit et menace des journalistes qui le critiquent, poursuit des journaux italiens comme la "Republica", "L'Unita" ou encore le quotidien "LAvvenire" des évêques italiens. Et des journaux européens, sont eux aussi menacés dont le magazine "Le Nouvel Observateur" en France.
 
Enfin, la presse écrite indépendante est étranglée financièrement de deux manières.
 
Par le décret dit Trémonti du 6 août 2008 qui réduit les aides publiques aux journaux indépendants.
 
Et par les réductions de budget publicitaires.
 
La police de la pensée Berlusconienne, vise aussi désormais, la cour Constitutionnelle, les magistrats, la Fédération des journalistes indépendants, jusqu'au Parlement lui-même qu'il déconsidère.

Dans ces conditions, si sur tous les bancs de cette assemblée, nous avons la volonté de défendre en actes, ce que l'on appelle "les valeurs démocratiques de l'Union européenne", alors nous devons adresser un avertissement solennel, et faire appliquer le droit européen que vous avez énoncé, Madame La commissaire Reding. Nous devons dire avec les milliers d'intellectuels, de créateurs, de journalistes italiens que la liberté d'informer et la liberté d'être informé, doit être respectée sans condition en Italie comme d'ailleurs dans tous les pays européens sans exception.
 
Voilà pourquoi je soumets à notre assemblée la proposition de créer un observatoire européen du pluralisme des médias et de la presse dans l'Union européenne.
 
Celui-ci veillerait:
 
- au respect du principe de séparation des pouvoirs, entre pouvoir politique et médias dans toute l'union; 
- à la mise en place d'un seuil de concentration maximum dans les médias 
- au respect des droits d'informer des journalistes et du droit de publication pour les éditeurs indépendants des puissances d'argent
 
Il associerait notre parlement, aux parlements nationaux, aux éditeurs et créateurs, aux associations de journalistes, de lecteurs et de téléspectateurs. Cet observatoire pourrait préparer un projet de directive sur le pluralisme des médias, qu'il remettrait à la Commission européenne et à notre Parlement.
 
C'est un moyen de faire vivre la démocratie en Europe.
 
Par GUE/NGL Press
www.guengl.eu
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article