"La montée de l’État pénal accompagne la déconstruction de l’État social"

Publié le par Marie-Christine Vergiat

Dans la 5ème lettre du Res'Lib, Réseau des droits de la personne:

À l’occasion de son congrès, la LDH vient de réélire Jean-Pierre Dubois président. Pierre Laurent (coordinateur national) et Isabelle Lorand (responsable réseau Droits de la personne) y représentaient le PCF. Tous les deux ont été frappés par la qualité, la combativité et le niveau d’expertise des intervenants. Frappés aussi par la cohérence de l’analyse et des propositions avancées. Frappés enfin par l’interpellation des forces politiques de gauche. Au lendemain de ce congrès, Jean-Pierre Dubois nous fait l’honneur d’une entrevue.

 

Propos recueillis par Madeleine Hivernet

 

Pensez-vous que la politique conduite par Nicolas Sarkozy marque un tournant en matière de respect des droits de la personne ?

 

Depuis 2002, près de vingt lois ont réduit les droits de la défense, les pouvoirs des juges face au parquet, du parquet face à la police. Les lois d’exception ont contaminé le droit commun. Le nombre de gardes à vue, de détenus, la durée des peines, ont doublé en 15 ans. Les prisons « honte de la République »…comme si toute réponse était pénale et toute réponse pénale pénitentiaire. La surveillance de la population se généralise (25 millions de citoyens fichés à leur insu). D’autres « lois Sarkozy » ont construit une xénophobie d’État. Chasse aux étrangers et de leurs enfants, ségrégation territoriale, dégradation du tissu social et familial dans les « cités », stigmatisation de la jeunesse : l’injustice est porteuse de violences, faute d’égalité et de respect. La montée de l’État pénal accompagne la déconstruction de l’État social : le néo-libéralisme sécuritaire n’apporte ni libertés ni sécurités réelles.

 

Comment appréciez-vous les mobilisations pour la liberté et la démocratie ?

 

Les prises de conscience s’élargissent : nouveaux territoires victimes de violences policières, protestations contre la « société de surveillance », mobilisations de professionnels qui ne supportent plus la démolition de leur éthique (délation, fichage). Mais ces mobilisations, comme le mouvement social, manquent de débouché. Si la politique du président élu par défaut en 2007 fait une majorité de mécontents, l’addition des rejets ne vaut pas alternative à la régression des droits.

 

Beaucoup de collectifs, et même la LDH, lors de son congrès, ont interpellé la gauche. Qu’attendez- vous d’elle ?

 

Pas de démocratie vivante sans choix clair entre des politiques alternatives crédibles. Le coup de tonnerre du 21 avril 2002 n’a toujours pas été pris au sérieux. L’électorat populaire, en 2009 comme en 2002, est abstentionniste ; même ceux qui luttent dans leur entreprise, leur hôpital, leur université, qui se battent contre EDVIGE ou contre la xénophobie d’État, sont peu nombreux à croire à une autre politique. Cela doit changer, dans l’intérêt de la démocratie et du progrès social. La LDH, qui n’a rien oublié de son histoire, contribuera à élaborer des propositions et à mettre les forces de gauche en face de leur responsabilité historique. Les crises écologique, économique, sociale et démocratique n’attendront pas. Nous non plus.



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